PRODUCTIONS PHOTOGRAPHIQUES DOCUMENTAIRES
  Gens de terre, la nouvelle Europe  
 

Photographe
Georges Bartoli

Aussitôt franchie la frontière, le changement est net, visible. La Hongrie, fraîchement intégrée a des allures d'Autriche, sa voisine Roumaine semble peiner à sortir du siècle dernier et à tourner la page. Et en plus il pleut, fort mais pas très longtemps. Un arc en ciel semble vouloir nous encourager à arriver jusqu'à Baia Mare. C'est là que nous attend Gitza, sous la pluie encore et à la nuit tombante.

 
  _______________________________________________________________________________________  
 
R o u m a n i e
 

Cliquer sur la carte pour choisir un pays

 

C'est Pâques que les chrétiens orthodoxes fêtent ce soir, l'église de Miresul Mare est trop petite, il faut dire que, ce soir au moins, tout le monde s'y rendra. "Christo Salviat" se diront entre eux et pendant un mois tous les roumains quand ils se croiseront, même ceux d'ailleurs, de plus en plus nombreux qui ont opté pour les religions protestantes et adventistes qui fleurissent depuis la mort de Ceaucescu. La Révolution comme on dit, sans trop sembler y croire. Il faut dire que la fête de Pâques est ici la plus importante de l'année, elle dure trois jours pleins et ressemblerai un peu à notre Noël, les cadeaux en moins. Entre deux ripailles familiales et une messe quotidienne, on échangera des œufs peints, on visitera ses voisins, ses amis, et on boira surtout beaucoup de Palinka, cet alcool de prune qui fait la réputation de la région.

Famille Chioran.

Cinq hectares et demi et 290 poules pour nourrir toute la famille. Ioan et Regina les plus vieux, mais aussi Basil, leur fils ainé et sa femme Chrina ainsi que Claudia leur fille et son mari Tinc.
Tout le monde ici travaille ensemble, quand il le peut comme Basil par exemple qui conduit le bus de ligne de la région et reprend le tracteur sitôt son travail salarié terminé.
Sur ces cinq hectares où se dressent des serres artisanales, mais aussi de nouvelles payées en Euros en Hollande, la famille Chioran produit essentiellement des tomates, des oignons, des salades,des poivrons " paprika " et autres patates. Plus loin, en plein champ ce seront les incontournables choux ainsi que du blé et du maïs.
Dans un poulailler à faire hurler les défenseurs des animaux, 290 poules produisent des œufs qui seront commercialisés dans les magasins de Baia Mare, la capitale régionale.
10 personnes vivent de cette ferme et y travaillent, dont six de façon permanente.
Pour Ioan et pour son fils Basil, l'intégration à l'Union Européenne c'est à la fois un espoir de financements massifs, mais également la crainte des importations voisines, comme ces salades et ces légumes qui viennent déjà de Bulgarie à des prix ridicules.
Mais pour l'instant, ils n'ont touché aucune aide de l'Union Européenne.
Sans doute, sont ils trop petits, trop éloignés ou….pas assez débrouillards.

Famille Hira.

Ici, dans cette ferme au bord de la route comme toutes celles du village, vivent trois générations. Bon d'accord Katalin, le représentant de la troisième n'a que
11 mois, mais il est quand même la fierté de la maison, de ses grands parents Ana et Constant, de leur fille Mariora et de son mari Ioan Onea.
Ioan, surnommé Nelu, 31 ans est donc le beau fils de la maison, il a aussi la cheville ouvrière.
Non content de labourer, planter, récolter il est aussi passé maître dans l'art de la disqueuse et du chalumeau en réparant tous les tracteurs et charrues du voisinage et en construisant lui même l'outillage agricole qui lui fait défaut.
Comme par exemple cette planteuse de pommes de terre qu'il a certes un peu copié sur un modèle existant mais qu'il n'aurait jamais pu s'offrir autrement.
Sur les six hectares de leur propriété poussent choux et pommes de terre ainsi que des céréales fourragères destinées à leurs quatre vaches et deux chevaux.
Les chevaux, c'est l'affaire de Constant qui, à 68 ans, préfère laisser le tracteur à son mécano de beau fils et atèle quotidienne sa "Caruta", la vieille carriole de bois qui fait merveille sur les chemins défoncés de cette campagne.
Nélu n'arrête jamais, de travailler bien sur, puisqu'il construit sa propre maison à quelques mètres de celle qu'il partage avec ses beaux parents, mais également de rêver. A ces outils performants, à ces tracteurs puissants qu'il espère pouvoir s'offrir avec des fonds européens que pour l'instant il n'a pas encore entrevus.

Famille Lupan/Stegeran

En France, on appellerait cela un GAEC. Ici, en Roumanie, ça n'a pas de nom, même pas d'existence légale, mais cela semble quand même fonctionner.
Rodica Lupan et son mari Gabi travaillaient dans les mines et les filatures de Baia Mare. Mais elles ont fermé leurs portes et à défaut d'une reconversion, les jeunes époux sont revenus dans le village où avait grandi Rodica, et sur les quelques terres qui appartenaient encore à la famille se sont lancés dans la culture de légumes.
Mais sans argent, sans matériel, cela n'allait pas de soi. Aussi se sont ils rapidement rapprochés de Zoia et Dorel Stegeran, leurs voisins qui avec leurs parents vieillissants avaient un peu de mal à entretenir leurs vaches laitières et leurs serres maraîchères.
La force de travail et la volonté des uns, la structure déjà existante des autres semblent se compléter et c'est dans une visible bonne humeur que les deux couples se partagent le travail de cette exploitation de près de 12 hectares.
Ici, les chevaux ont disparu et Dorel pense à une construction nouvelle bientôt, hors du village, rationnelle, aux normes européennes quoi !
Grâce à un dossier d'aides, Dorel a pu acquérir une trayeuse électrique qui lui permet de vendre sa production laitière à l'industrie. Ses vaches de race locale, brune des maramures vont bientôt prendre le chemin de l'abattoir, elles seront remplacées par des Prim Holstein, "pisseuses de lait" d'une moindre qualité certes, mais c'est l'industrie qui commande!
En attendant, comme un symbole de la transition la vieille "caruta" de bois est attelée au tracteur italien pour aller arracher les cannes de maïs qui restent et que l'on brûlera pour préparer les nouvelles semailles.

___________________________________________________________________________________