PRODUCTIONS PHOTOGRAPHIQUES DOCUMENTAIRES
Avec le soutien du Fonds Social Européen
 Les racines de l'espérance
photographe : Stéphane Lagoutte





Zulmira, 37 ans, divorcée, trois enfants, a terminé son contrat avec Plaine de vie à Ezanville

D’origine Cap verdienne, Zulmira est arrivée en France en 1999, avec son mari et sa petite fille. Elle ne parlait pas la langue, ne travaillait pas. Deux autres enfants naissent. Son compagnon sombre dans l’alcoolisme.
« Il était comme fou lorsqu’il buvait. »
La situation devient intenable. En 2003, elle décide de partir avec ses enfants. Elle vit en foyer, est sans ressource, ne parle que le créole cap verdien et un peu le portugais.
« Si j’avais été seule, je serais retournée dans mon pays, j’ai encore ma mère, là-bas, mais avec les enfants, ce n’était pas possible. »
Une assistance sociale et l’association, Femmes de Sarcelles lui conseillent alors de s’adresser à l’association Plaine de vie à Ezanville, qui gère un jardin d’insertion où l’on cultive des fruits et légumes bio destinés à être vendus à des adhérents sous forme de paniers hebdomadaires. Celle-ci lui propose, à l’époque un contrat emploi solidarité de six mois renouvelable. Zulmira accepte tout de suite.
« Ma vie a changé à ce moment-là : avec le travail, j’ai pu avoir un logement pour mes enfants et moi. Et puis, avant je ne connaissais personne, je ne parlais pas la langue, je ne pouvais pas sortir. Maintenant, je peux me débrouiller seule, je me suis fait des copines. »
Et, même si Zulmira, reconnaît que le travail de la terre est dur, surtout l’hiver, lorsque le froid mord les mains, elle retrouve là des gestes qu’elle effectuait déjà dans son pays, au Cap Vert. Un savoir faire qui lui a valu de d’intégrer très vite à l’équipe de Plaine de Vie.
« Odile, la chef, m’a appris, maintenant je travaille toujours avec elle, et quand elle part en vacances, elle me demande de surveiller les autres, elle me fait confiance. »
Fière de voir ses compétences reconnues, Zulmira raconte également à quel point les marques de solidarité de la part de l’équipe l’ont touchée.
« Ils me donnent parfois des habits pour les enfants. Lorsque j’ai été cambriolée dans mon appartement, au rez-de-chaussée, ils m’ont installé une barre de fer pour que l’on ne puisse pas entrer par la fenêtre. » Pourtant Zulmira, pudique, se raconte peu. « Parfois, ils me demandent si je suis fâchée, parce que je fais une drôle de tête, mais je ne veux pas les embêter avec mes soucis. Quand on rigole, ça va, mais parfois, je rumine, je me demande comment je vais nourrir mes enfants, payer les factures, si je vais retrouver du travail. Ca m’inquiète… »
Car au mois de juillet 2007, après trois ans de renouvellements, son contrat se termine. Elle doit cherche ailleurs. Elle aimerait travailler en maison de retraite, avec les personnes âgées. Pendant un mois et demi, elle écrit partout, revient de temps en temps à Plaine de Vie pour revoir les amis, donner un coup de main à la préparation des paniers. Finalement, elle décroche un remplacement de trois mois dans un centre hospitalier pour enfants malades. Elle aide à la préparation et la distribution des repas. Mais l’inquiétude rôde toujours car elle n’a aucune piste en vue pour la suite. Et les journées sont longues avec trois enfants à élever seule. Son mari ne lui verse aucun pension.
« La nuit, souvent, je ne dors pas. Je pense à tout ça, aux soucis. »
Il lui arrive encore, de temps en temps de téléphoner au jardin pour donner des nouvelles, en prendre des autres. « Pour moi, c’est une très bonne expérience, j’étais tranquille avec eux. »
Et d’ailleurs, si Zulmira la discrète a accepté de témoigner pour cette exposition, c’est, dit-elle, « parce qu’on m’a beaucoup donné ici, beaucoup aidé. Alors si, à mon tour, je peux aussi donner quelque chose, être utile… »


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